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Aide à Haiti: que faut-il faire ?

Dimanche, 24 Janvier 2010 17:09

Il est très difficile d'imaginer l'ampleur de la catastrophe qui a frappé Haïti, c'est comme si 4500 World Trade Centers s'étaient écroulés à l'échelle des Etats Unis. Il est urgent d'aider, mais quelles sont les priorités ?

En France, la seconde guerre mondiale a fait 500 000 morts en France soit un peu plus de 1% du total de la population.

En France, la première guerre mondiale a été plus meurtrière avec 1,4 millions de morts, soit 3% de la population totale et 10% de la population active.

Le séisme qui a frappé Haïti est d'une toute autre ampleur.

Avec 150 000 morts et 250 000 blessés sur une population de 2 millions d'habitants et presque toutes les infrastructures détruites, Haïti se retrouve dans une situation inédite pour de nombreux pays. 8% de la population disparue, 16% blessées, c'est un tiers du pays qui a été victime du tremblement de terre.

En outre, de nombreux experts prédisaient même la disparition du pays qui avait détruit, bien avant les fléaux des ouragans et du tremblement de terre, toute sa forêt. L'écosystème détruit, Haïti se retrouvait déjà dans une situation de dépendance alimentaire presque totale vis à vis de l'étranger. Une agriculture anéantie, un système économique inefficace, un état défaillant et corrompu conduisirent plusieurs experts à prédire, dès 2008, la disparition à terme d'Haiti, en tant qu'état.

Balayé par un ouragan en août 2009, le pays était déjà à genou lorsque le tremblement de terre se produisit en janvier 2010.

Ce n'est donc pas une x-ième plaie qui s'est abattue sur le pays, mais un coup de grâce, équivalent de trois guerres mondiales consécutives à une famine.

Une situation qu'aucun état européen, pas même l'Allemagne, dévastée par la seconde guerre mondiale avec 10% de sa population décimée, n'a jamais connu. L'Allemagne avait des gens formés, un état organisé, une tradition industrielle, des ressources naturelles (charbon, minerais) et des terres arables prêtes à produire si tant est que l'agriculture se réorganisait. En dépit de cela, l'Allemagne de l'Ouest a mis 10 ans à se relever. L'Allemagne de l'est plutôt 20 ans.

Haïti est dans une situation autrement plus extrême. Le pays est menacé de disparition.

Il est donc urgent de l'aider, sinon, ce sont 2 millions de personnes qui sont menacées de disparition.

Que faire pour aider Haïti ?

Donner pour de la nourriture ? Indispensable pour parer aux prochains mois.

Donner pour des soins ? Indispensable pour permettre aux 250 000 blessés de ne pas tous être des âmes à la charge du reste de la population.

Donner pour reconstruire des infrastructures ? Nécessaire pour permettre au pays de refonctionner.

Donner pour relancer l'économie ? C'est ce qui donnera une petite chance au pays de survivre et continuer à exister.

Suivant votre sensibilité, vous donnerez à un organisme qui intervient sur l'un ou l'autre de ces plans.

Pour ma part, j'ai choisi d'intervenir via Entrepreneur du monde, une association spécialisée dans le microcrédit.

Action d'urgence et aide pérenne au développement

Il existe de nombreuses causes qui méritent d'être soutenues et autant d'associations, dont on doit louer le travail en dépit des dérives que l'on peut régulièrement observer. Le travail d'une association ne révolutionne pas le monde, mais aussi longtemps qu'elle respecte un minimum d'éthique, il faut encourager leur action dans un monde où les états et les services publics sont tous les jours un peu plus endettés et attaqués par les intérêts économiques privés.

Personnellement, j'ai choisi, avec mes moyens nécessairement limités de soutenir les actions qui interviennent dans le domaine de l'aide au développement et non dans le domaine de l'urgence. "Donne un poisson à quelqu'un qui a faim et il n'aura plus faim durant une journée, mais apprends lui à pêcher et il se nourrira toute sa vie", telle est la maxime qui m'a conduit à ce choix.

C'est pourquoi je soutiens les associations de micro crédit. Le micro crédit est un système dans lequel on aide les individus à lancer une activité économique nécessitant une petite somme (quelques dizaines à quelques milliers d'euros). En général, à côté de ce financement, l'association de micro crédit amène également un accompagnement dans la gestion du petit entrepreneur afin non seulement d'augmenter les chances qu'il rembourse son prêt mais qu'en plus, il pérennise son activité économique. Le système est un des plus efficaces qui ait été mis en place depuis le développement de l'aide au développement: les grands projets économiques subventionnés par les Nations Unies sont, en général, des échecs en raison de frais de gestion trop importants, de détournement souvent massifs des financements par des fonctionnaires corrompus des pays aidés ou par une inadaptation du projet macro économique, souvent déconnecté de la réalité économique du pays. Les projets financés par des associations plus modestes se heurtent souvent à un écueil: un manque de relais locaux qui soutiennent le projet  et un abandon du projet (puits, école, atelier...) une fois que l'association ne soutient plus le projet.  En résumé, de nombreux projets d'aide au développement sont des échecs en raison d'un manque de motivation des populations aidées à reprendre des projets initiés par des étrangers.

Dans le micro crédit, la démarche est inverse: ce sont des commerçants, artisans et petits entrepreneurs locaux que l'on aide à monter leur propre projet, qui nécessairement les motive.

La démarche à un quadruple effet vertueux:

  • Les personnes aidées sont responsabilisées parce qu'elles doivent remboursées les sommes avancées,
  • Les personnes aidées ne sont pas des assistées, mais simplement soutenues et ont pour vocation à devenir autonomes et ne plus dépendre de l'association de micro crédit qui les aide de façon ponctuelle,
  • Les personnes aidées sont remboursées et peuvent être réinvesties dans d'autres projets: une association de micro crédit possède de plus en plus de moyens pour aider au fure et à mesure qu'elle vieillit, ce qui n'est pas le cas de la plupart des associations qui sont éternellement dépendantes de dons pour boucler leur budget annuel,
  • Les associations de micro crédit renforce le tissu économique des pays aidés, ce qui représente un véritable investissement dans l'avenir.

Entrepreneur du monde est une association dont je connais indirectement le fondateur qui est quelqu'un sincèrement impliqué et d'intelligent. Elle existe depuis longtemps et a prouvé son professionnalisme. Elle gèrent des crédits accordés à 50 000 micro entrepreneurs répartis dans 9 pays, dont 4800 micro crédit à Haïti.

J'ai donc décidé d'aider l'association qui est présente à Haiti depuis plusieurs années et a mis au point un plan intelligent qui mèle actions de court terme et investissement sur le futur:

  • annulation des micro crédit des familles aidées avant le tremblement de terre: dans un contexte où tout le tissu économique a été mis à bas, les familles ne peuvent évidement plus rembourser leur crédit. C'est une exception aux régles de gestion de l'association qui fait du remboursement à l'euro prêt de l'intégralité des crédits accordés, pour des questions de responsabilisation des populations aidées. Mais, l'ampleur inédite de la crise haïtienne justifie une telle décision
  • soutien de court terme aux employés locaux de l'association qui doivent survivre afin de pouvoir relancer la branche locale d'Entrepreneur du monde (ces employés gérent les crédits accordés aux entrepreneurs locaux et assurent le recouvrement et l'accompagnement de ces derniers),
  • organiser l'accueil des réfugiés ayant quitté Port au prince après le séisme lorsqu'ils rentrent dans leur région d'origine
  • aider les familles que l'association soutenait déjà avant le séisme, à Port au Prince à redémarrer des activités économiques, notamment dans les métiers de la construction,
  • diffuser massivement des produits simples d'utilité quotidienne,
  • mettre en place des activités pour les réfugiés en province,
  • scolariser leurs enfants,
  • redémarrer l'activité de gestion de micro crédit passées l'action d'urgence.

Ce sont des actions très concrêtes, très efficaces si l'on considère les faibles moyens que demande l'association et surtout qui corresponde à la réalité du terrain.

N'oubliez pas que bien que les media ne s'intéressent plus à Haïti passé l'engouement ayant suivi le séisme, la construction du pays prendra des années et qu'il est possible que le pays mettent entre 10 et 20 ans pour se remettre de la catastrophe dans l'hypothèse où il se relève.

Donc, si vous êtes motivé aujourd'hui en raison de l'émotion suscitée par la surmédiatisation du tremblement de terre par les media, ne vous démobilisez pas trop vite lorsque le sujet n'intéressera plus les journalistes.



 

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